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RECIT de HENRI TOURBIER

24 Janvier 2016 , Rédigé par BERNIE 54 Publié dans #ww1, #Photographies, #Poilus, #douaumont, #devoir de mémoire, #poeme

Photo personnelle faites dans les bois de VERDUN

Photo personnelle faites dans les bois de VERDUN

Récit de Henri Tourbier
Appelé avec la classe 15 en décembre 1914, il a combattu plusieurs fois à Verdun lorsque son régiment monte en ligne au ravin des Vignes, au début du mois d'août. Touché par une balle de mitrailleuse dès les premières minutes de l'attaque, il reste terré dans son trou d'obus en attendant les secours. Réformé à la suite de sa blessure, il fixera ses souvenirs à l'intention de sa famille

Verdun, Poème ..



Nous étions au repos à Sainte-Menehould
Quand on nous réveilla "Alerte! tous debout!"
Dans la nuit, l'on partit et sur la route noire.
Le régiment s'en fut. Vers quelle nouvelle histoire,
Et pourquoi ce départ ? Depuis déjà des mois,
Nous avions dans l'Argonne enduré à la fois
Et la boue, et le froid, le feu et la vermine,
Les rats, mal mangé, mal dormi et craint la mine
Que l'ennemi creusait sans trêve sous nos pas.

Nous allions donc sans but, du moins nous les soldats,
Nous dormions en marchant, bercés au bruit de houle
Que fait en s'écoulant une semblable foule,
Rouvrant soudain les yeux quand de brusques à coups
Nous projetaient dans la gamelle devant nous.
Puis le jour se leva. Au loin comme un tonnerre
Roulait la canonnade. Mais ce bruit de la guerre
Qui la nuit ni le jour jamais ne s'apaisait.
Allait-elle en augmentant. Et l'on se questionnait.
Où va-t-on ? C'est sérieux ? On s'arrête au village.
Où sommes-nous ? Parois. Et les coups de l'orage
Sont de plus en plus forts. Une borne . Voyez :
Verdun ! Oui ce jour-là, vingt et un février
Débuta la bataille où l'armée presque entière
Relève après relève défendit cette terre
Qu'elle nourrit hélas ! des cadavres et du sang
Laissés dans ses sillons par tous les régiments.

Le soir on repartît par la forêt de Hesse,
Face au bois de Cheppy où; le Boche logeait.
Il neigeait. Des fusants, les rafales sans cesse
Jetaient tous les poilus brusquement au fossé.
Alors l'on galopait, le lourd sac aux épaules,
Pour reformer le rang à la lueur des éclairs
Sans désordre, sous bois, dans une course folle
Nous suivions, sans penser, le chemin de l'enfer !

Et ce fut Avocourt, à l'extrémité gauche
De ce front légendaire où s'acharna le Boche.

Je revois la vallée où serpentait la Buanthe,
Crevée de trous d'obus, d'énormes "entonnoirs".
Quand le feu se calmait, on dévalait la pente
Pour aller déterrer des fusées des "gros noirs".

Je vous revois aussi, poilus de mon escouade,
Toi, Picard, toi, Le Gall, et toi, vieux Catillon,
Presque tous des bretons, et tous bons camarades,
Ah oui ! Nous l'avions bien, ce bel esprit du front.
Car à la "Patte d'Oie", nous trouvions la pitance
Jetée par les cuistots prestement au fossé,
Aussi, selon le sort, nous trouvions du lait rance,
Sans pain, ni jus, ou du pain, ou rien à manger.
Alors, ces journées-là, on vidait les musettes,
Et puis l'on partageait le peu que l'on avait.
On fouillait dans son sac et près de ses chaussettes
On trouvait du tabac, qu'à chacun l'on donnait.

Puis ce fut le Mort-Homme. O vision infernale,
Pour arriver en ligne, on piétinait les morts.
Sur eux l'on se couchait quand sifflait la rafale,
On était étonné de se lever encore.
C'est là que tu tombas, toi mon ami fidèle,
Mon pauvre vieux Thomas, caporal de vingt ans,
Broyé par un obus. Du moins ta mort fut belle
Car tu ne souffris pas. Ce fut tes vieux parents..!

En première ligne, nous dormions le jour
L'un sur l'autre, accroupis, au fond de la tranchée,
Assourdis par le bruit, les membres las et lourds,
par un trou peu profond notre tête abritée.

Enfin ce fut Thiaumont, dix fois pris et repris,
Thiaumont que l'Allemand voulait prendre à tout prix.

Au geste de son chef, la compagnie massée
En avant s'élança sur la terre trouée.
Combien d'hommes tombés au feu des mitrailleuses !
Je fus l'un de ceux-là. Et six heures durant,
J'attendis sans espoir, au milieu des mourants,
Que l'on me secourût. Oh ! ce champ de bataille,
Couvert de morts et de blessés sous la mitraille,
Je ne peux l'oublier, je le verrai toujours.

Deux hommes sont venus qui m'ont porté secours,
M'arrachant de mon trou, ils m'ont sauvé la vie.
Heureux fut donc mon sort ! Je les en remercie.
Combien d'autres soldats n'auront eu que la "chance"
Qu'ils n'auront pas connue d'être "morts pour la France".

Henri TOURBIER.



- Trouvé sur ce site que je remercie : http://www.laplumeverte.com/verdun/poeme1.htm

























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